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Entretien exclusif du Chef de l'Etat à l'ORTC, Al-Watwan et ORTN


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Le chef de l’Etat a accordé un entretien exclusif, jeudi 10 janvier, à trois medias de la place : l’Ortc, Al-watwan et la Radiotélévision de Ndzuani (Rtn). Pendant 60 minutes, Azali Assoumani a fait le tour de l’actualité et des évènements de l’heure. Un premier exercice du genre depuis son accession à la magistrature suprême du pays, le 26 mai 2016. Le temps était court pour toucher tous les sujets d’intérêt national. Les échanges se sont focalisés essentiellement sur les problèmes socioéconomiques avec un accent particulier sur la grande problématique du chômage qui affecte un nombre très important des jeunes, les questions politiques tournées sur sa vision des institutions et des enjeux des prochaines échéances électorales et les questions diplomatiques, de la sécurité et de la coopération internationale avec la nouvelle stratégie engagée autour de la question de l’île comorienne de Mayotte sous occupation française.

C’est un président à la fois à l’aise aux questions et rigoureux aux réponses qui a reçu ce jeudi 10 janvier l’Ortc, Al-watwan et la Rtn dans un entretien exclusif organisé sur le palace officiel du palais de Beit-Salam. Costume noire et chemise blanche, Azali Assoumani s’est contenté de défendre sans le dire la pensée populaire selon laquelle «on ne construit pas un pays en un seul jour».  Il a souligné l’impérieuse nécessité d’engager un véritable sursaut national pour mobiliser les compétences dans le but de faire avancer le pays. «Rien ne peut se faire sans la contribution de tout un chacun», dit-il.

A l’épreuve du pouvoir

A la question préliminaire sur son état de santé, le chef de l’Etat a donné des nettes précisions. «Je vais bien, et même très bien, Dieu merci, je me porte bien». A la fois énergique et percutant sur les questions des journalistes, Azali Assoumani n’a pas joué les commentaires, se limitant à fournir des réponses brutes tout au long de l’entretien. Sur son bilan à Beit-Salam, le président, à l’épreuve du pouvoir, reconnait que les défis sont immenses pour sortir le pays de la précarité. «Beaucoup a été fait mais comparativement aux actions engagées, beaucoup n’a pas été fait», reconnait-il dans un langage nourri de prudence et de pragmatisme.
Toujours sur son bilan à la tête du pays, le chef de l’Etat reviendra sur les chantiers lancés et surtout la stabilité énergétique retrouvée. «Nous avons rétabli le courant dans les foyers des Comoriens. Cela a été une grande urgence nationale, car l’énergie, c’est la base de tous. Les Comoriens avaient passé des années entières sans électricité. Nous avons cette énergie thermique, mais nous envisageons poursuivre la politique de diversification de nos sources d’énergie», souligne le président en faisant allusion au fuel lourd, à la géothermie et aux énergies renouvelables. Evoquant les récents délestages, le président rassure la population.

La cherté de la vie

«Il y a des travaux en cours au niveau du réseau. Mais je vous promets que les mesures de consolidations seront prises pour une stabilité énergétique durable. Nous comptons renforcer nos centrales électriques par l’acquisition, en mars prochain, de 9 groupes électrogènes», a-t-il promis.
Au sujet du coût de la vie et du faible pouvoir d’achat des ménages, le président estime que l’Etat a fait de son mieux pour alléger le quotidien des Comoriens. Il cite notamment la baisse des produits pétroliers, des denrées de base comme le riz. Même s’il reconnait les difficultés pour de nombreux citoyens de pouvoir tenir les deux bouts. Sur cette question, Azali Assoumani se dit conscient que les mesures prises ne sont pas suffisantes pour juguler la cherté de la vie. Mais il note des paradoxes et des contradictions au niveau de l’indice des prix à la consommation. «Tous les jours, il y a une flambée des prix des produits dans les marchés mais les gens daignent toujours à en acheter. On dit toujours que les ménages sont pauvres.  D’où vient cet argent», se demande-t-il, appelant à des vraies analyses sur l’inflation par la demande dans le pays.
Evoquant la situation financière de l’Etat, les performances enregistrées en matière de mobilisation des recettes publiques, la régularité de la paie, les investissements réalisés sur fonds propres au niveau des routes secondaires sans aucune aide budgétaire, le chef de l’Etat se félicite de cette rigueur soutenue mais souligne le nécessaire accompagnement des bailleurs internationaux. «Nous allons, à un certain moment, sollicité des appuis auprès des organisations internationales. Mais il fallait d’abord compter sur nous-mêmes avant de demander tout accompagnement ou apport extérieur», se justifie-t-il.
Refusant de commenter à fond les récentes décisions de la Cour de sûreté de l’Etat, Azali Assoumani appelle les Comoriens à la cohérence. «Les gens veulent une justice mais si celle-ci condamne tel ou tel, il y a une levée de bouclier, c’est assez curieux que ceux-là même qui demandent une vraie justice s’érigent en pourfendeurs de l’autorité de la justice», regrette-t-il. «Pourquoi on veut laisser croire que le politique ne peut pas être poursuivi pour des délits de droit commun, il y a une justice, laissons-la travailler et arrêter de jouer les victimes», ajoute le président.

Des institutions fortes

Revenant sur les Assises nationales et les recommandations, Azali Assoumani a, une fois encore, précisé que «c’était un passage obligé» pour offrir de véritables marges d’action à ceux qui seront à la tête du pays et que tout sera fait pour que les conclusions deviennent une réalité. «C’est la Constitution qui a recommandé l’organisation d’élections du président et des gouverneurs des îles dans un délai ne dépassant pas un an. Nous nous devons de respecter la Constitution», explique le chef de l’Etat qui affirme que la volonté de modifier celle-ci a été guidée par le seul objectif de doter le pays d’institutions fortes à même de permettra à tout celui qui aura les destinées du pays de pouvoir disposer du temps pour poser des actes au bénéfice de la population.
Pour le président, les élections à venir sont une aubaine pour consolider la nouvelle charpente institutionnelle et une occasion pour les futurs gouvernants d’avoir les coudées franches pour engager un plan de développement audacieux au profit des Comoriens  «Le pays avait besoin d’institutions allégées. Il fallait mettre fin à cette lourdeur. Tout ça, je ne l’ai pas fait pour moi. J’ai hérité de cette fonction, un jour une personne doit me succéder comme ce fut le cas pour moi. Il faut éviter les préjugés. J’ai écourté mon mandat pour le bien du pays», a-t-il souligné.

Invité à dévoiler les grandes étapes de l’Emergence, le président a répondu : «Il faut d’abord miser sur le social. L’Education et la Santé. Nous avons une université, et comme ça se dit, on ne doit pas fabriquer des chômeurs. Il s’agit d’améliorer le niveau des compétences à tous les niveaux avec des formations crédibles. Il faut aussi améliorer la santé des Comoriens. Ce sont des indicateurs importants qui peuvent tirer le pays vers l’amélioration des conditions de vie de la population et donc à la réduction de la pauvreté», précise-t-il avant d’ajouter. «L’autre point important, c’est l’emploi. Il faut doubler voire tripler le chiffre de 2.800 emplois créés ces deux dernières années. Nous pouvons favoriser le plein emploi dans le pays. Et le reste suivra. Il n’y a pas, à proprement parler, des points précis à atteindre ou des étapes communément admises à franchir pour qualifier un pays émergent. Notre société est en perpétuelle transformation et que les dirigeants du pays seront toujours appelés à répondre aux besoins de la population».
Au sujet des mécanismes à mettre en place pour orienter les fonds de la Diaspora vers le développement, Azali Assoumani a dit : «C’est toute une problématique qui a mobilisé une bonne partie de mes pensées au cours de mon premier mandat. Les fonds de la Diaspora représentaient à l’époque l’équivalent du budget de l’Etat, soit 25 milliards de francs comoriens», détaille le président avant de poursuivre. «Je sais que ce chiffre a triplé aujourd’hui. Il reste maintenant un travail de pédagogie et de sensibilisation auprès de nos frères de la Diaspora. Il y va d’ailleurs de leur intérêt car l’orientation des fonds pourrait générer des profits à l’avenir surtout quand certains d’entre eux se retrouvent à la retraite. Des études sont engagées au niveau du gouvernement. Elles vont se poursuivre. Mais l’accompagnement de la Diaspora est indispensable. Car, rien ne peut se faire sans elle».
Quant aux sanctions attendues à la suite de l’incident malheureux a survenu dans la ville d’Ikoni, le chef de l’Etat promet des sanctions. «Des sanctions vont tomber, je l’ai promis. Mais il y a des règles pour faire comparaitre des militaires présumés responsables d’un acte similaire. Il y a d’abord une enquête de commandement avant toute poursuite auprès des juridictions classiques. L’enquête est en cours. Nous n’avons rien lâché. Tout doit être fait sans tapages. Mais des sanctions, il y en aura», a-t-il indiqué.

Des élections  transparentes

Réagissant à la mise en résidence surveillée des grands ténors de l’opposition et les garanties pour assurer des élections crédibles et transparentes, le président de la République a répondu : «un parti politique ne doit pas être l’apanage d’une seule et unique personne au cas où celle-ci se trouve empêchée. C’est un problème auquel, chez nous, les partis politiques sont toujours confrontés. S’il y a des responsables qui ont des ennuis avec la justice, cela ne me concerne pas», explique-t-il avant d’enchainer. «Et si demain, ils sont déclarés candidats par la Cour suprême, ils seront les bienvenus dans la course. Pour la supervision des élections, j’ai ordonné mon ministre des Affaires étrangères d’entrer en contact avec des organisations internationales pour voir comment faire venir des missions d’observation sur place. Le but est de faire en sorte que les élections se passent dans un contexte apaisé pour que le choix des électeurs soit respecté. La liberté de presse sera garantie».
Au sujet de la question de l’île comorienne de Mayotte et la nouvelle approche en vue de mettre un terme à ce contentieux territorial, le chef de l’Etat explique que les roues de l’histoire ont changé et qu’il faut admettre l’échec enregistré jusqu’ici en revoyant une nouvelle méthode beaucoup plus pragmatique et consensuelle avec nos frères de Mayotte. "Malgré les résolutions prises, la question reste en l’état. Il faut changer de cap. Les Comoriens seront informés de l’évolution des négociations en cours avec la France", a-t-il laissé entendre.
Pour les Comores demain, Azali Assoumani a conclu : «Des Comores unies et solidaires. Des Comores où on favorisera les talents, où on il y aura la culture du mérite, où chacun reçoit ce qu’il faut à la place qu’il faut. Nous avons des richesses : au niveau de l’agriculture, de la pêche. Je souhaite voir des Comores tournées vers la prospérité où chacun se sentira fier. C’est le meilleur de tous mes vœux. C’est la ligne politique que devraient se donner tous ceux qui aspirent gouverner ce pays. Des Comores apaisées où règneront à jamais la paix, la stabilité et le bien-être de tout un chacun».

Compte rendu
A.S.Kemba

 


Les fonds de garantie, la jeunesse, l’emploi professionnel


«Nous ne voulons pas donné à la jeunesse des emplois de fortune. Mais des emplois durables. Ce que nous souhaitons, c’est d’appuyer le secteur privé, accompagner les opérateurs économiques, soutenir les jeunes porteurs de projets. Il y a déjà des grands travaux qui ont absorbé de nombreux jeunes. On ne doit pas nous limiter sur l’administration, sur des emplois précaires, il nous faut des emplois durables. Pour ce faire,  les jeunes doivent avoir l’esprit d’entreprise, il faut qu’ils se prennent en charge, l’Etat va jouer le rôle de locomotive pour aider la politique de l’auto-emploi. Nous avons déjà créé 2.800 emplois, nous comptons bien doubler ce chiffre. S’agissant des fonds de garantie en faveur des jeunes porteurs des projets, des études sont en cours pour soutenir les établissements financiers. Il y a même l’idée d’une recapitalisation de la Snpsf. Il y a une banque marocaine qui se montre prête à accompagner la Snpsf dans ce sens. Au niveau de la formation professionnelle, il faut de l’adéquation formation-emploi. L’université des Comores y travaille pour établir des partenariats avec des grandes écoles dans le but de développer des pôles de formation professionnelle tournés autour des métiers.

Source Al-watwan Presse Edition